Bestiaires du Moyen-âge

BESTIAIRES DU MOYEN-AGE

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Apparus en France vers le XIIème siècle, les bestiaires sont des poèmes mettant en scène des animaux parés des vices et vertus de l’homme. Certains poètes, s’inspirant de la Génèse, reprennent l’idée qu’il existe une hiérarchie entre les créatures de Dieu et que l’homme se situe au sommet de cette pyramide, d’où la nécessité de distinguer les bons et les mauvais sujets. En fait comme le fera bien plus tard Jean de la Fontaine, ces ouvrages ont un but didactique : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », ce qui n’empêche pas de réserver aux érudits du clergé, les bestiaires en latin et aux laïcs, ceux en français ou dans les langues vernaculaires de l’époque, comme Pierre de Beauvais qui écrivit son bestiaire en langue picarde..

La Fontaine ne manque pas de prédécesseurs, de Esope ( VIème S. av. J.C.) à Philippe de Thaon au début du XIIème s., de Guillaume le Clerc et son bestiaire divin, à Albert le Grand auteur de ‘de animalus’ en1260, une multitude d’auteurs se sont distingués dans le genre. Il suffit de visiter les églises romanes pour percevoir la place que tient la symbolique animalière au Moyen-âge, symbolique qui s’inspire directement de l’Ancien et du Nouveau Testament. La Génèse en est la source principale. L’homme Adam est créé après tous les animaux et, en les nommant, il les domine. Il en sera ainsi jusqu’à ce que Lucifer sous les apparences d’un serpent pervertisse Eve… Vous connaissez la suite. La paix ne règne plus sur terre, le monde devient hostile à ses premiers occupants et pour couronner le tout, voici le Déluge qui doit tout faire disparaître, tout ! Sauf Noé qui va sauver hommes et bêtes mais au prix d’une loi nouvelle régissant leurs rapports. A partir de ces récits, la symbolique peut s’en donner à cœur joie. Pour autant tel ou tel animal ne symbolisera pas systématiquement tel défaut ou telle qualité. Le Christ est tantôt le Lion, tantôt l’agneau sacrificiel. Le taureau et l’aigle sont symboles de puissance mais le taureau, comme le bœuf est aussi animal sacrificiel. Que dire du serpent, alias Lucifer dont le nom signifie porteur de lumière, à qui Dieu à injecté le venin : Pour le punir de son complot ou pour punir les hommes de la faute de sa victime ?

Je vais arrêter là cette référence à la Bible, elle était nécessaire à une bonne compréhension de ces siècles où la foi guidait les hommes. Tous les bestiaires ne s’inspiraient pas des Ecritures mais tout simplement des faits et gestes de la société. Une hiérarchie va rapidement s’établir chez l’ensemble des auteurs, le lion, le loup, le taureau, le bœuf règnent sur la terre mais il leur faut composer avec le renard, le chien, le bélier. L’aigle règne dans les airs mais le corbeau, le taon, le moustique et autres faibles y jouent aussi leurs rôles. La gent marine est moins connue des auteurs qui ne s’attachent guère qu’à la sirène et à l’anguille. Comme Esope les poètes veulent dégager une moralité de leurs histoires et prouver que les choses ne sont pas immuables. C’est dans ce domaine que la Fontaine va exceller mais ceux du moyen-âge n’avaient rien à lui envier. Le frêle moucheron va vaincre le lion avant de finir lui-même dans une toile d’araignée. Le loup va manger l’agneau mais en d’autres situations se fera berner par le renard. Le malheureux âne va être désigné comme le porteur de tous les maux. Quant au véloce lièvre, il se verra battre à la course par la tortue. Ce sont les Cours que visent poètes, troubadours ou trouvères du Moyen-âge qui se plaisent à parodier, à caricaturer, les puissants prêts à tout pour se maintenir ou pour parvenir au rang supérieur. Ils sont d’autant mieux placés pour décrire les scènes et les sentiments et ressentiments que la plupart des troubadours sont eux-mêmes membres de la noblesse quand ce n’est du clergé. Ne sont-ils les précurseurs des chansonniers des temps

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De ces ouvrages vont naître ce que l’on appelle des idiotismes animaliers à travers lesquels des rapprochements sont faits entre les attitudes animales et humaines. Il faudrait un journal pour les citer tous, évoquons les plus connus :
– Etre plumé
– Une Queue de poisson
– Cracher son venin.
– Miroir aux alouettes
– Franc comme un âne qui recule
– Anguille sous roche
– Faire l’autruche
– Haro sur le baudet ( les animaux malades de la peste)
Une bécasse – Un blaireau
– Bouc émissaire
– Tourner en bourrique
– Faire le canard
– Monter sur ses grands chevaux
– La chèvre et le chou
– Sale comme un cochon
– Un corbeau
– Fainéant comme une couleuvre
– Un Panier de crabes
– Un chaud lapin
– Courir deux lièvres à la fois
– La part du lion
– Faim de loup
– Une morue
– Prendre la mouche
– Le mouton à cinq pattes
– Une oie blanche
– Fier comme un paon
– Bavard ou voleur comme une pie
– Etre le pigeon
– Gai comme un pinson
– La poule aux œufs d’or
– Un vieux renard
– Un requin
– Faire le singe
– Myope comme une taupe
– La vache à lait
– Une langue de vipère

Ce ne sont là qu’une infime partie des idiotismes utilisés dans le langage courant mais ils montrent à quel point les bestiaires ont influencé la langue française et participer à la propagation des idées et de la morale.

André Trabet

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