2014 – L’Homme et la Bête

2014, L’Homme et la Bête

La 3ème fête médiévale de Vienne a eu lieu les 30 et 31 août 2014 et avait pour thème L’homme et la Bête.

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2014 : L’HOMME ET LA BETE AU MOYEN-AGE :

Si, de nos jours, les animaux tiennent une place importante dans notre vie, elle fut prépondérante au Moyen-âge. Le cheval s’impose dans les combats et s’y affirmera longtemps encore. Le cheval, les bœufs, les vaches, constituent le ‘moteur’ de la plupart des moyens de transports. Les rapaces sont utilisés pour la chasse et les pigeons pour les communications, les os et les arêtes servent à la fabrication d’objets le plus divers. Les peaux servent à la confection de vêtements, les oies montent la garde. Les bestiaires envahissent la littérature et les monstres attisent les peurs des enfants. Les dresseurs accompagnent les trouvères et troubadours pour animer les fêtes populaires.

Leur histoire vaut bien une fête, sans doute !

 

L’Homme et la Bête au Moyen-Age

THEME 2014

L’HOMME ET LA BETE AU MOYEN-AGE

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Les relations entre l’homme et la bête sont bien antérieures au moyen-âge, peut-on pour autant dire que rien n’a changé entre le 5ème et le 15ème siècle ? Non, au fil des temps l’homme a appris à tirer profit des animaux quelque soit leur nature. Qui plus est, les découvertes des grands explorateurs, navigateurs pour la plupart, ont contribué à enrichir la faune européenne.

Ainsi la genette fut-elle amenée en Espagne par les Almohades, au XIIème siècle.

Le canard au XIIIème, la pintade au XVème et la dinde en 1521 par les conquérants espagnols du Mexique.

 

De toute évidence le premier usage de l’animal était d’ordre nutritionnel et si au Moyen-âge l’élevage était déjà largement pratiqué, la chasse n’en était pas moins grande pourvoyeuse de nourriture et pas seulement car très vite l’homme a su utiliser les nombreuses ressources que lui offrait la faune.

Il nous faut donc distinguer :

– Les animaux domestiques qui sont pour la plupart des sauvages apprivoisés – Les sauvages qui le sont toujours – La volaille – Les oiseaux sauvages – Les Rapaces –

-Les poissons que l’homme apprendra très vite à élever, principalement les ordres monastiques et chevaleresques qui creusèrent de nombreux étangs, notre région en est particulièrement riche autour de l’ex abbaye de Bonnevaux ou de la commanderie de Vaulx Milieu.

– Les nuisibles et enfin pour  l’imaginaire, les animaux fabuleux présents dans tant de légendes :  loup garou,  licorne,  dragon, sirène,  phénix,  vampire,  griffon,  machecroute,  vouivre, ou encore, plus tard, les mal identifiés, comme la bête du Gévaudan ou le chien des Baskerville. A cette liste il nous faut ajouter les animaux sujets de superstitions : Corbeau, la chauve-souris, l’araignée etc…

LEUR UTILISATION :

Nous ne nous étendrons pas sur l’aspect nutritionnel des animaux qu’ils soient sauvages ou apprivoisés, dans ce domaine les choses ont peu évolué, voyons plutôt les autres utilisations qu’en font les hommes du Moyen-âge.

Certains fournissent la matière première à l’artisanat.

D’autres vont être utilisés pour le transport, le travail aux champs, la garde, la protection des personnes, c’est leur côté ouvrier.

La chasse, les jeux, les légendes et surtout la guerre font largement appel à la faune.

L’ARTISANAT :

– Les peaux des mammifères sont utilisées pour fabriquer des vêtements, cuirs pour chaussures, peaux de tambours, boucliers, outres, seaux, et bien évidemment la laine des moutons pour le tissage, sans oublier la couenne du porc qui se mange ou se transforme.

– Les os, y compris les arêtes de certains poissons et les bois des cerfs, constituent une ressource non moins importante et des utilisations très variées : Manches de couteaux, bijoux de toutes sortes, épingles à cheveux, statuettes, peignes, boites, étuis, cuillers, corne pour boire ou pour appeler, pièces de serrures, flute, dés à jouer, osselets, récipients, vases etc…

LES SERVICES DOMESTIQUES :

– Le cheval est utilisé pour le transport des personnes et des biens, ce n’est pas nouveau, il sert aussi au hallage des bateaux, à la chasse à courre, aux tournois, aux plaisirs, nous le retrouverons dans la rubrique ‘guerre’ ci-après.

– Le transport des produits de la ferme  assuré par des bœufs et les ânes.

– Le chien  pour la garde des personnes et  des biens, nous le retrouverons aussi à la guerre.

– Le chat pour  la destruction des souris et des rats.

– Certains rapaces pour la chasse.

LA GUERRE :

Un mot sur l’utilisation des animaux pendant les guerres. Le chien a été envoyé dans le camp ennemi bardé d’une charge d’explosifs. Le chat fut expédié enflammé pour mettre le feu chez l’adversaire et des carcasses d’animaux dispersées pour engendrer des maladies.

– Les croisés ont appris à leur dépends, l’utilité du pigeon voyageur qu’utilisaient les musulmans pour communiquer.

Animal clé de la guerre, le cheval, arme de la noblesse par excellence, était l’objet de toutes les convoitises. Il coûtait cher, tant à l’achat qu’en nourriture et un cavalier se devait d’en posséder plusieurs, les uns pour le transport du matériel et du cavalier, les autres pour participer aux combats. Ces derniers devaient allier deux qualités : puissance pour porter leur propre armure ainsi que le cavalier et son équipement et rapidité pour l’attaque ou l’esquive.

C’est sur l’insistance de l’Eglise qui les redoutait, que les cavaliers qui ne formaient qu’une sorte de caste au service des nobles, devinrent par la création des Ordres chevaleresques et les engagements qu’ils imposaient, des aristocrates à part entière. Pour autant il n’y avait pas d’hérédité sans le passage obligé par l’apprentissage et l’adoubement.

LES TOURNOIS :

Offraient aux chevaliers le moyen de s’enrichir, c’était même, outre la guerre, le meilleur moyen de gagner sa vie, d’entretenir ses chevaux et parfois de conquérir un cœur.

LA CHASSE :

La chasse à courre, au grand gibier, était le privilège de la noblesse et du clergé. Les roturiers devaient se contenter du petit gibier comme les lièvres et les lapins. Enfin les braconniers étaient durement sanctionnés, plus pour le fait qu’ils étaient armés que pour le gibier qu’ils tuaient. Par contre ils s’érigeaient souvent en affaiteurs ( dresseurs de faucons).  La fauconnerie avait été introduite en Europe au cours de grandes invasions venues d’Asie centrales. Au Moyen-âge, pendant les croisades, elle connut un développement considérable avec l’importation des techniques arabes. Sa pratique était interdite aux Templiers mais autorisée aux Hospitaliers.

         André Trabet

 

 

 

 

 

Bestiaires du Moyen-âge

BESTIAIRES DU MOYEN-AGE

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Apparus en France vers le XIIème siècle, les bestiaires sont des poèmes mettant en scène des animaux parés des vices et vertus de l’homme. Certains poètes, s’inspirant de la Génèse, reprennent l’idée qu’il existe une hiérarchie entre les créatures de Dieu et que l’homme se situe au sommet de cette pyramide, d’où la nécessité de distinguer les bons et les mauvais sujets. En fait comme le fera bien plus tard Jean de la Fontaine, ces ouvrages ont un but didactique : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes », ce qui n’empêche pas de réserver aux érudits du clergé, les bestiaires en latin et aux laïcs, ceux en français ou dans les langues vernaculaires de l’époque, comme Pierre de Beauvais qui écrivit son bestiaire en langue picarde..

La Fontaine ne manque pas de prédécesseurs, de Esope ( VIème S. av. J.C.) à Philippe de Thaon au début du XIIème s., de Guillaume le Clerc et son bestiaire divin, à Albert le Grand auteur de ‘de animalus’ en1260, une multitude d’auteurs se sont distingués dans le genre. Il suffit de visiter les églises romanes pour percevoir la place que tient la symbolique animalière au Moyen-âge, symbolique qui s’inspire directement de l’Ancien et du Nouveau Testament. La Génèse en est la source principale. L’homme Adam est créé après tous les animaux et, en les nommant, il les domine. Il en sera ainsi jusqu’à ce que Lucifer sous les apparences d’un serpent pervertisse Eve… Vous connaissez la suite. La paix ne règne plus sur terre, le monde devient hostile à ses premiers occupants et pour couronner le tout, voici le Déluge qui doit tout faire disparaître, tout ! Sauf Noé qui va sauver hommes et bêtes mais au prix d’une loi nouvelle régissant leurs rapports. A partir de ces récits, la symbolique peut s’en donner à cœur joie. Pour autant tel ou tel animal ne symbolisera pas systématiquement tel défaut ou telle qualité. Le Christ est tantôt le Lion, tantôt l’agneau sacrificiel. Le taureau et l’aigle sont symboles de puissance mais le taureau, comme le bœuf est aussi animal sacrificiel. Que dire du serpent, alias Lucifer dont le nom signifie porteur de lumière, à qui Dieu à injecté le venin : Pour le punir de son complot ou pour punir les hommes de la faute de sa victime ?

Je vais arrêter là cette référence à la Bible, elle était nécessaire à une bonne compréhension de ces siècles où la foi guidait les hommes. Tous les bestiaires ne s’inspiraient pas des Ecritures mais tout simplement des faits et gestes de la société. Une hiérarchie va rapidement s’établir chez l’ensemble des auteurs, le lion, le loup, le taureau, le bœuf règnent sur la terre mais il leur faut composer avec le renard, le chien, le bélier. L’aigle règne dans les airs mais le corbeau, le taon, le moustique et autres faibles y jouent aussi leurs rôles. La gent marine est moins connue des auteurs qui ne s’attachent guère qu’à la sirène et à l’anguille. Comme Esope les poètes veulent dégager une moralité de leurs histoires et prouver que les choses ne sont pas immuables. C’est dans ce domaine que la Fontaine va exceller mais ceux du moyen-âge n’avaient rien à lui envier. Le frêle moucheron va vaincre le lion avant de finir lui-même dans une toile d’araignée. Le loup va manger l’agneau mais en d’autres situations se fera berner par le renard. Le malheureux âne va être désigné comme le porteur de tous les maux. Quant au véloce lièvre, il se verra battre à la course par la tortue. Ce sont les Cours que visent poètes, troubadours ou trouvères du Moyen-âge qui se plaisent à parodier, à caricaturer, les puissants prêts à tout pour se maintenir ou pour parvenir au rang supérieur. Ils sont d’autant mieux placés pour décrire les scènes et les sentiments et ressentiments que la plupart des troubadours sont eux-mêmes membres de la noblesse quand ce n’est du clergé. Ne sont-ils les précurseurs des chansonniers des temps

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De ces ouvrages vont naître ce que l’on appelle des idiotismes animaliers à travers lesquels des rapprochements sont faits entre les attitudes animales et humaines. Il faudrait un journal pour les citer tous, évoquons les plus connus :
– Etre plumé
– Une Queue de poisson
– Cracher son venin.
– Miroir aux alouettes
– Franc comme un âne qui recule
– Anguille sous roche
– Faire l’autruche
– Haro sur le baudet ( les animaux malades de la peste)
Une bécasse – Un blaireau
– Bouc émissaire
– Tourner en bourrique
– Faire le canard
– Monter sur ses grands chevaux
– La chèvre et le chou
– Sale comme un cochon
– Un corbeau
– Fainéant comme une couleuvre
– Un Panier de crabes
– Un chaud lapin
– Courir deux lièvres à la fois
– La part du lion
– Faim de loup
– Une morue
– Prendre la mouche
– Le mouton à cinq pattes
– Une oie blanche
– Fier comme un paon
– Bavard ou voleur comme une pie
– Etre le pigeon
– Gai comme un pinson
– La poule aux œufs d’or
– Un vieux renard
– Un requin
– Faire le singe
– Myope comme une taupe
– La vache à lait
– Une langue de vipère

Ce ne sont là qu’une infime partie des idiotismes utilisés dans le langage courant mais ils montrent à quel point les bestiaires ont influencé la langue française et participer à la propagation des idées et de la morale.

André Trabet

Pourquoi “L’Homme et La Bête” ?

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Le thème de l’édition 2014 est “L’Homme et La Bête” mais quelles étaient leurs relations à l’époque ?

 

Le thème retenu pour cette troisième édition des Médiévales de Vienne est : L’Homme et la bête, sous-entendu au Moyen-âge.
De toute évidence les rapports entre les hommes et les bêtes, qu’ils soient conflictuels ou coopératifs, sont bien antérieurs à cette période de l’histoire, il suffit de remonter à la genèse pour s’en convaincre.

Qu’est ce qui change au Moyen-âge?
La tentation est grande de citer en premier la Chevalerie qui donne à ce qui n’était que la cavalerie, ses titres de noblesse, et l’utilisation du cheval pour ce sport chevaleresque qu’est le tournoi.Les croisés vont apprendre à leurs dépens que les musulmans ont inventé un système de communication efficace : Les pigeons voyageurs.Ils vont affiner ,sinon découvrir, l’art de la fauconnerie qui fut l’objet d’un tout premier traité de l’Empereur Frédéric II de Hohenstaufen, dont les chevaliers Teutoniques, tout comme les hospitaliers ne se privaient guère alors que les Templiers se l’interdisaient.Cet art, privilège de la noblesse et de la royauté, connut son apogée en France entre les XIIIème et XVème siècles, tout comme la chasseà courre au grand gibier. Des espèces nouvelles sont amenées en France, la genette par les Almohades, le canard au XIIIème siècle, la pintade, la dinde.

De village sen villages se produisent les montreurs d’ours et l’artisanat utilise de plus en plus les plumes, peaux, os et arêtes pour la fabrication d’objets utiles ou de luxe.
Les moines des monastères et les chevaliers des commanderies pratiquent l’agriculture et surtout creusent de nombreux étangspour l’élevage des poissons comme la tanche, la carpe, le brochet.
Les boeufs sont largementutilisés pour les travaux des champs et le transport des marchandises.
En attribuant à l’humainles vices et vertues de l’animal, les bestiaires de Philippe Thaon à Albert le Grand, font le bonheur des Trouvères et Troubadours qui trouvent là un moyen efficace de railler la noblesse sans prendre trop de risques.

Nous n’oublierons pas ces animaux de légende que sont le loup garou, la licorne, le griffon, les dragons, qui frappent l’imaginaire des enfants et leur procurent une peur joyeuse.
S’il est encore trop tôt pour vous exposer le programme de la fête de 2014, qui se déroulera les 30 et 31 août, sachez qu’au côté de l’artisanat, nous privilégierons les spectacles animaliers tant en ville qu’au théâtre antique. Si nous sommes conscient des difficultés inhérentes à la présence et la production artistique d’animaux, nous tenons à offrir, aux plus jeunes en particulier, le spectacle d’une époque trop obscure de l’histoire mais qui habite leur juvénile imagination.