Vienne et son histoire

Légendes viennoises du Rhône

LEGENDES VIENNOISES DU RHONE

Dans notre journal programme de la fête médiévale de 2013 nous relations, sous le titre ‘Vienne et le Rhône, un mariage d’amour et de raison’ l’union indissociable entre le fleuve et la ville.

Une si longue vie commune ne pouvait que générer d’innombrables histoires transmises de générations en générations jusqu’à devenir des légendes. Le fleuve Roi, en compte tout au long de son cours mais Vienne, par sa riche Histoire, en a généré d’étonnantes. Il est prouvé que les romains exilaient dans notre ville des personnages qu’ils jugeaient ‘encombrants’ dans les pays conquis.

C’est ainsi qu’Archélaüs, roi de Judée, fils d’Hérode le Grand, détesté pour sa cruauté, fut exilé à Vienne où il mourut en l’an 6. Est-ce le fait que de nombreux hébreux subirent le même sort qui inspira un conteur, voyant en eux quelques descendants de Aaron, qui seraient parvenus jusqu’à nous avec pour trésor le fameux ‘Veau d’Or’ biblique ?

Nous l’ignorons, pourtant, si farfelue soit-elle, la légende perdure d’autant plus merveilleuse qu’il s’agit d’un trésor. Mais au fait, où cacher un si prestigieux trophée objet de toutes les convoitises ? Vous l’avez deviné, dans le Rhône où d’aucuns le cherchent encore.

Gardons pour la fin, l’affaire Ponce Pilate et venons-en au bien nommé Clair qui donnera son nom à sa commune natale de Saint Clair du Rhône. En ce dimanche, après vêpres dans l’église Saint Ferréol sur la rive droite, ce jeune garçon, à peine adolescent, emprunte la barque de service pour traverser le Rhône et regagner la ville. L’imprudent voyait bien que les eaux du fleuve, gonflées par les fortes pluies et soulevées par les rafales de vent du sud constituaient un danger qu’il n’était pas en mesure d’affronter seul. Que nenni ! Cet âge n’a pas toute sa raison ! Le voici ballotté comme une coquille de noix sur un océan déchainé, dérivant vers un aval toujours plus dantesque. Sur les deux rives, les rares passants qui osent encore braver les rafales de pluie et de vent, assistent impuissants à sa lutte contre les éléments et attendent l’inexorable engloutissement. Soudain, ils assistent à un spectacle inouï, le jeune homme se lève droit dans sa barque, tend vers le ciel ses bras trempés, ses mains bleuies par le froid, ils l’entendent, oui ils l’entendent, implorer : « Seigneur Jésus, aide-moi ». Instantanément, le vent tombe, les flots s’apaisent et le soleil forme une rosace dorée autour de la frêle silhouette. Regagnant la rive, sa décision est prise, il entre au monastère Saint Marcel. Dès lors il va multiplier les miracles :  Chasser le Diable de Pipet qui, sous l’apparence d’un monstre aux yeux de feu, voulait l’éloigner du lieu saint.  Exorciser la jeune portière du couvent et plus encore, guérir un lépreux en le trempant dans les eaux du Rhône. A sa mort vers 660, c’est Sainte Blandine en personne qui conduira son âme vers les Champs Célestes.

Avec Ponce Pilate, c’est du sérieux, enfin presque car la légende et la réalité ont leurs farouches partisans. Le célèbre procurateur aurait été, après son forfait qui devait à jamais marquer l’Histoire du Monde, amené à Vienne pour y être jugé. Enfermé dans une tour à l’entrée du pont, en attendant son procès, il se serait jeté dans les eaux du fleuve qui, dès lors, en ce point précis juste en amont de l’embouchure de la Gère, se montra périlleux et généra moult naufrages. Une véritable malédiction à laquelle, quatre siècles plus tard, l’archevêque Mamert, décida de mettre fin. Il fallait absolument retirer du fleuve les restes maléfiques du procurateur. On confectionna d’énormes crochets attachés à de longues cordes qu’un attelage de bœufs tirerait depuis le chemin de halage. L’histoire ne dit pas combien d’essais furent nécessaires, mais toujours est-il que les reliques et le squelette de Pilate furent bel et bien retirés des eaux. Sur la berge, l’archevêque et toute la curie locale, par leurs prières et leurs invocations, exorcisèrent la sinistre dépouille. Très bien, mais que fallait-il en faire ? On se souvint que là-haut sur la montagne qui domine la vallée, sur ce piémont du Massif Central, se trouvait un gouffre, un puy dont on ignorait les confins. Au terme d’une longue escalade, par des sentes pierreuses sous les luxuriantes frondaisons, le cortège atteignit le gouffre et y précipita les restes maléfiques. Depuis, il n’est pas rare d’y voir, par gros orages, la foudre s’y déchainer. Au fait, nous n’avons pas révélé le nom du lieu. C’est le mont Pilat, pardi !

André Trabet